Le multi-tâches est un sujet d’actualité – depuis plusieurs années. Suite à mon billet Syndrome de l’étudiant, loi de Parkinson et multi-tâches où j’effleurais le sujet, j’ai décidé de faire une petite recherche sur Google pour constater qu’on retrouve des articles qui remontent à 2005.
Plus récemment, Le Journal Les Affaires vient de publier Multitâche: entre utopie et vague de fond, alors que le gestionnaire Borg a écrit il y a 3 mois Pourquoi valoriser le multitasking puisqu’il nous rend inefficace ? et qu’Elisabeth Bucci a écrit il y a une semaine Email Chicken and Google Reader Oatmeal: Let’s stop committing multitasking crimes.
On peut dire que le multitâches a la vie dure. Que rajouter de plus ?
J’ai moi-même dû faire du multi-tâches à certains moments de ma vie, notamment en tant que coordonnateur dans un environnement multi-projets. Mais était-ce réellement du multi-tâches que je faisais ? Il faudrait peut-être commencer par une définition.
Définition du multi-tâches
Selon Wikipedia, l’origine du terme anglais multitasking provient de l’industrie informatique.
Un ordinateur est « apparemment » en mesure d’exécuter plus d’une tâche à la fois. Évidemment, au tout début, les résultats n’étaient pas très concluants dès qu’il s’agissait de plusieurs tâches nécessitant beaucoup de capacité système. Vous vous souvenez du sablier qui tournait infiniment ?
Depuis, l’architecture des ordinateurs (incluant les multi-coeurs) a évolué et permet d’obtenir des performances intéressantes.
Au niveau du multi-tâches humain, Wikipedia indique (traduit librement ici par moi):
[...] est la performance d’un individu pouvant apparemment effectuer plus d’une tâche à la fois.
Mais est-ce que le multi-tâches est réellement possible chez les humains ?
Mon opinion est qu’à partir du moment où l’exécution d’une tâche devient un automatisme, on peut en effectuer une ou plusieurs autres en même temps.
Pour le reste, il s’agit habituellement d’être en mesure de travailler sur plusieurs projets ou tâches en alternance. Dans mon exemple personnel cité plus haut, il s’agissait de répondre le plus rapidement à des urgences tout en étant en mesure de voir l’impact global sur l’ensemble des tâches. Plusieurs types de travail demandent cette habileté : changer rapidement d’un dossier à un autre et avoir une vue globale. Nous n’avons qu’à penser aux urgences (police, …) ou aux tours de contrôle pour les avions. Mais gérer 2 urgences à la fois ? J’ai des doutes sur les résultats…
Mon expérience me démontre que c’est faisable et même facile lorsqu’il faut rester en surface, mais plus difficile s’il faut aller plus en profondeur. Et c’est encore plus difficile lorsqu’il s’agit de tâches qui ne sont pas reliées entre elles – pas de compromis possible.
Ma définition serait plus:
Effectuer en alternance plusieurs tâches en même temps nécessitant un niveau d’attention important avec un maximum d’efficacité.
Quelles seraient les règles alors ?
Être en mesure de travailler sur plusieurs dossiers en même temps peut faire en sorte d’être plus productif, mais ça demande des règles très strictes. Je doute que ce soit adéquat pour tout le monde et surtout je ne pense pas que ça s’applique partout.
Il faut être en mesure au minimum:
- de connaître la vraie importance/urgence de cette tâche
- de savoir dire « non, pas tout de suite » et pourquoi
- de prioriser en tout temps cette tâche versus les autres
Bref, ce sera l’anarchie dans votre entreprise… à court terme
Personnellement, je vise maintenant un amalgame entre le multi-tâches et le mono-tâche, c’est-à-dire que je me réserve des instants strictement mono-tâche. Et vous ?
Références
Pour ceux qui veulent en lire plus sur le sujet, voici la liste à laquelle je référais plus haut:
- L’organisation du temps en multi-tâches est-elle viable ? sur Journal du Net (24 juin 2005)
- Être multi-tâches : dangereux pour le cerveau ? sur Radio-Canada (23 janvier 2006)
- Le multitasking est-il un mythe dangereux ? sur le Bloc-Notes de Bertrand Duperrin (23 janvier 2009)
- Sommes-nous multitâches (1/2) : Comment apprendre à maîtriser notre attention ? sur internetACTU.net (26 mai 2009)
- Sommes-nous multitâches (2/2) : Peut-on mesurer les bénéfices de la distraction ? sur internetACTU.net (27 mai 2009)
- Les méfaits du multi-tâches sur Agence Science-Presse (2 septembre 2009)

Merci pour la référence à mon billet.
J'ai 2 commentaires à ajouter à ton excellent billet:
1. Je ne suis pas d'accord que "ce sera l'anarchie dans votre entreprise" en appliquant tes règles. Le billet (particulièrement le titre!) de "57 Things Started and Nothing Done" explique plus: http://bit.ly/cwIkOC. En effet, avec un focus sur une tâche, on le finit, et on augmente notre productivité. Au lieu de donner le semblance d'être occupé, on est vraiment plus productif.
2. Ta définition "Effectuer en alternance plusieurs tâches en même temps…" n'est pas "vraiment" multitasking mais plutôt "focus and fast-switching". À moins qu’on réalise qu’on n’est pas capable de mettre le focus (l’attention) sur plus une tâche à même temps, c’est ça qui est important.
Tes observations sur les ordinateurs sont très intéressantes: si je comprends bien, ils ne sont pas capables non plus de multi-tasking! Mais plutôt « focus and fast-switching ». La façon de réaliser "multitasking" est d'avoir plus qu'un procésseur, c.a.d plusieurs "cerveaux". Intéressant…!
Bonjour Elisabeth,
tout d’abord, j’aime bien ton blogue alors c’était tout indiqué d’y faire un lien étant donné le sujet.
Pour l’anarchie, en fait c’était un clin d’oeil. Définitivement, cela aura un effet sur les gens à court terme, parce que c’est à contre-courant. Merci pour le ton lien, j’irai voir un peu plus tard.
Concernant la définition, je mets en doute celle qui est véhiculée. Je crois qu’on peut faire plus d’une chose en même temps si l’une devient un automatisme. Mais je ne crois pas qu’on puisse utiliser notre cerveau pour penser à 2 choses en même temps avec efficacité. Parce que tout tourne autour de l’efficacité. Donc oui, c’est plus du focus and fast-switching.
Finalement, pour les ordis, ils sont de plus en plus capables de le faire (multitasking), mais cela a nécessité plusieurs changements au niveau de l’architecture: mémoire locale et partagée, multi-processus, etc.
Je ne suis pas un expert, mais c’est juste assez pour comprendre qu’avec un seul cerveau, le multitasking tel qu’on le définit n’existe peut-être pas encore. Merci pour ton commentaire.
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Bonjour,
Voici un article sur le sujet basé sur des recherches scientifiques axées sur l'activité neuronale lorsqu'on essaie de faire plusieurs tâches à la fois. Il parait que le cerveau doit charger et décharger des informations, un peu comme un ordinateur. L'etude prend en compte aussi des situations différentes et la nature des tâches: http://www.newscientist.com/article/mg19425981.200-how-many-things-can-you-do-at-once.html
Cordialement, Ian